l'affaire Naomi

Je vais me livrer ici à une exercice que je n'aime pourtant pas beaucoup, celui de la spéculation.

Naomi, vous avez sans doute entendu parler d'elle, car son cas fait grand bruit en ce moment. C'est une jeune femme de 22 ans qui est morte d'un infarctus après avoir appelé le SAMU. On a pu entendre la teneur de sa conversation avec l'opératrice, qui se moque littéralement d'elle, et refuse de lui porter assistance. Un médecin venu sur place par la suite, constatera l'urgence, mais trop tard, elle est morte.

Portée à la connaissance du public 4 mois après les faits, cette affaire soulève une vague d'indignation assez compréhensive, mais une thèse n'a pas encore été mentionnée publiquement, à laquelle je crois, personnellement. Et sans attendre les avancées de l'enquête balbutiante, je me livre à l'hypothèse du racisme.

Comment peut-on être raciste par téléphone? Parce que l'africanité de Naomi est perceptible dans sa voix, sa diction. La première interlocutrice, celle des pompiers, qui passe l'appel à sa collègue du SAMU, la met en garde : c'est une emmerdeuse. Elle a "compris" la situation, encore une africaine qui geint et qui se plaint pour rien, ils surchargent les urgences où ils se rendent au lieu d'aller voir un médecin. Celle-là, elle nous la fera pas.

Pas de bol, celle-là, elle était en train de crever, et maintenant vous allez devoir rendre des comptes, vous deux qui avez eu cette femme au téléphone, et avez méprisé sa détresse au mépris de votre propre mission. La torture que vous endurez, de regret, de peur du châtiment, se prolongera peut-être par une peine de prison. Elle ne serait pas volée.

Cette affaire ne semble pas liée au sous-effectif et à la pression subie sous les impératifs d'austérité, mais elle l'est peut-être. Ces interlocuteurs son-ils formés correctement? Travaillent-ils sans pression? Je pense à des sanctions que l'on pourrait recevoir en cas de prise en charge d'un patient qui ne le justifie pas. Cette affaire n'est peut-être pas liée à l'austérité, mais une chose est certaine, bien d'autres cas de genre sont à prévoir, en proportion avec la violence exercée sur les services.






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